Depuis quatre-vingt-dix-neuf ans

Notre histoire

François · Jacques · Delphine

Trois générations dans la même cave. Un geste qui se transmet par apprentissage, pas par consigne. Une maison qui tient parce que ceux qui la portent ne cherchent pas à la réinventer.

Chapitre I · Le fondateur

François — 1927

§ p. 02 · Chapitre I— Le fondateur —

Une poignée de main, un cahier des charges en trois lignes, treize bergers du causse. La maison commence là.

Roqueforts alignés sur les travets de bois dans les caves naturelles du Combalou, au-dessus des fleurines
Caves du CombalouL'adresse fondatriceDepuis 1927

En 1927, François Carles ouvre un atelier d'affinage à Roquefort-sur-Soulzon. Le village en compte déjà plusieurs. Sa règle tient en trois points : lait cru de brebis, travet de bois, affinage dans les caves du Combalou. Le reste, il le décidera en travaillant.

Treize bergers du causse acceptent de le fournir. Accord verbal, tournée hebdomadaire, prix indexé sur la qualité du lait. Quatre-vingt-dix-neuf ans plus tard, les mêmes fermes livrent toujours. Dans plusieurs d'entre elles, ce sont les petits-enfants des premiers signataires qui traient le matin.

L'époque pousse à mécaniser. Plusieurs confrères installent des cuves chauffantes et standardisent leurs bleus. François ne suit pas. Ce n'est pas une position de principe. Il a comparé les deux, en cave, à la dégustation. La main donne quelque chose que la machine n'atteint pas.

Les caves du Combalou restent son adresse unique. La roche s'y fend en fleurines, ces fissures qui ventilent les galeries en permanence. La température s'y tient toute seule, l'humidité aussi. Le bois du travet complète l'ensemble. Sa planche garde une flore que chaque fromage enrichit au passage.

François affinera trente ans avant de transmettre l'atelier à son fils. Le cadre qu'il a posé tient toujours.

Fondation
1927
Bergers du causse
Treize
Cahier des charges
Trois lignes

Chapitre II · Le continuateur

Jacques — 1957

§ p. 08 · Chapitre II— La transmission —

Un fils qui a grandi dans la cave. Il reprend l'atelier sans rien changer aux gestes, aux bois, aux accords. Il maintient.

Jacques Carles reprend l'atelier en 1957. Il y a grandi. Enfant, il passait ses après-midi à regarder son père tourner les fromages, surveiller la miche de pain sur laquelle poussait le pénicillium, discuter avec les bergers du village. Il n'a pas eu à apprendre le métier par des cours. Il a regardé, il a imité, il a fini par faire seul.

Rien ne change. Les travets restent en bois. Les caves du Combalou restent l'unique lieu d'affinage. Le pénicillium continue d'être cultivé sur pain, dans la cuisine de la maison. Les treize fermes fondatrices livrent toujours. Jacques ne se pose pas la question de moderniser.

Autour de lui, l'époque bouge. L'AOP Roquefort se structure dans les années soixante. Les grands industriels arrivent, rachètent les petits affineurs, rationalisent la production. Plusieurs ateliers que son père avait connus disparaissent. Carles reste indépendant. C'est un choix qui coûte en croissance et qui ne se discute pas en famille.

Artisan fromager découpant le caillé à la main dans l'atelier de la maison Carles, geste inchangé depuis 1927
Le caillé, à la mainUn geste transmis de père en filsDepuis 1957
On ne produira jamais plus
que ce qu'on sait faire à la main.
Jacques Carles, deuxième génération

Sous sa direction, Carles consolide sa place parmi les rares ateliers qui affinent encore sur bois. Ils étaient déjà peu nombreux en 1957. À la fin de son mandat, ils seront une poignée. Aujourd'hui, la maison est l'une des dernières à perpétuer le travet traditionnel.

Jacques prépare la suite sans en faire état. Sa fille Delphine grandit elle aussi dans l'atelier. Elle apprend comme lui a appris : en regardant faire, en répétant, en finissant par faire seule.

Chapitre III · La troisième génération

Delphine — 1997

§ p. 16 · Chapitre III— La continuité vivante —

Troisième génération. Directrice et maître artisan à la fois. Les deux titres se portent sous les mêmes gestes.

Delphine Carles, troisième génération, dans les caves du Combalou, tournant un roquefort sur travet de bois
Directrice · Maître artisanDepuis 1997

Directrice · Maître artisan

Carles

— Maître Artisan

Delphine Carles reprend la maison en 1997. Sur la porte de l'atelier, deux titres sous son nom : Directrice et Maître Artisan. Elle fait les deux dans la même journée. Commandes, bergers, équipes et comptes le matin. Tournage, salage et déplacement sur les bois l'après-midi. Les fleurines, elle les regarde en passant, quand elle descend dans les galeries.

Elle a grandi entre les travets, comme son père avant elle. L'apprentissage s'est fait par répétition. On regarde faire, on imite, on finit par faire seul. Ce genre de savoir ne se trouve pas dans les livres. Le poids juste d'un fromage entre les mains. Le son d'un caillé qui se coupe bien. La couleur d'un bleu qui va partir. Ça passe en compagnonnage, pas autrement.

Sous sa direction, la maison ne change pas. Les treize fermes partenaires continuent de livrer. Dans certaines, la troisième génération de bergers a déjà repris les cuves de son père. Le pain sert toujours à cultiver le pénicillium. Les travets sont en bois. Rien dans l'atelier ne dit que trente ans ont passé depuis Jacques, ou soixante depuis François.

Elle n'a pas rompu avec ce qui précède. Elle a travaillé la reconnaissance. Des chefs étoilés et plusieurs Meilleurs Ouvriers de France composent aujourd'hui leurs plateaux avec les fromages de la maison. Deux gammes sont nées de son mandat. Convoitise, pour les tables qui cherchent la signature du bois. Élégance, pour ouvrir la maison à un public plus large, sans renoncer à ce qui la définit.

Elle parle peu d'elle. Quand on lui demande ce qu'elle a changé, elle répond la même chose. Rien de plus que ce que le geste demandait.

Je n'ai pas inventé le geste.
Je le prolonge.
Delphine Carles, directrice et maître artisan

Chapitre IV · Parenthèse

Treize bergers,
cinquante ans

§ p. 26 · Chapitre IV— Le lait, en amont —

Avant le travet, avant les caves, il y a le lait. Il arrive chaque matin de treize fermes du causse, livré par des bergers dont la maison connaît les prénoms.

Le lait

Lait cru de brebis, livré deux fois par jour en saison. Aucun mélange, aucun entrepôt tampon : la tournée du matin entre en cuve dans l'après-midi. Il garde la mémoire de l'herbe, de la fleur, de la saison.

Le lien

Peu d'écrit, beaucoup de régularité. Ramassage à heure fixe, prix qui suit la qualité, analyses faites sur place. Quand un troupeau change de main, la convention suit, sans renégociation. C'est rare. C'est la signature d'une filière courte au sens littéral du terme.

La signature

Les bergers savent que leur lait part sur travet, pas en cuve. Ils savent que leur nom tient derrière chaque fromage. Cela change la manière dont ils soignent leurs brebis. Ce n'est pas un argument marketing — c'est une donnée de terrain.

Fermes partenaires
13
Années de fidélité
50+
Maison indépendante
Depuis 1927

Poursuivre la lecture

Le geste, le fromage

L'histoire raconte d'où vient la maison. Les pages suivantes racontent comment elle tient.